Animaux comme tissu

Quand son niveau de rendement décline, pratiquement chaque mouton, chèvre, lapin ou lama exploité pour la laine, le cachemire, l’angora ou la laine d’alpaga est tué et remplacé par une victime plus jeune et plus « productive ». Comme tous les animaux exploités par et pour les humains, les animaux exploités pour le textile ne sont laissés en vie que tant qu’ils peuvent surproduire de façon profitable tout ce que nous voulons en extraire, qu’il s’agisse de laine, de peau, de fibre, d’œufs, de lait, de chair ou de bébés. Pour un grand nombre de victimes de la production de la laine, l’horreur indicible de l’abattoir fait suite à des semaines de misère à bord de bateaux à « bétail », en direction du Moyen-Orient.

QUEL EST LE PROBLÈME AVEC LA LAINE ?

La laine a souvent tendance à être négligée par les défenseurs des animaux parce que la mort de l’animal n’est pas nécessaire à sa production, contrairement à celle de la viande ou du cuir, par exemple. Pourtant, la production de laine est bien loin de l’idylle pastorale que l’on pourrait s’imaginer.

La production de laine est une industrie. Comme tout autre type d’élevage, elle prospère en considérant l’animal comme de la marchandise et en l’objectifiant en tant que ressource pour la consommation humaine. Cette industrie transforme des êtres sensibles en unités de production pour augmenter ses marges de profits, les condamnant à de courtes vies où ils sont négligés, abusés et tenus en captivité.

De plus, tout comme l’industrie laitière qui soutient implicitement l’industrie de la viande en lui fournissant des veaux et les vaches dont la production de lait a baissé, l’industrie de la laine dirige les moutons ne produisant plus des quantités rentables de laine vers l’industrie de la viande, souvent en les exportant vivants, ce qui implique un ensemble de pratiques abominables. Au final, chaque mouton tondu finira sa vie à l’abattoir.

On pourrait croire à tort qu’un mouton a besoin d’être tondu, mais la réalité est plus complexe. Les moutons non domestiqués produisent seulement la quantité de laine nécessaire à leur survie, suivant le climat. Encore une fois, tout comme nous avons fait en sorte que les poulets et les cochons deviennent si gros que leurs pattes ne peuvent même plus les soutenir, nous avons utilisé le génie génétique pour manipuler la production de laine du mouton afin qu’elle réponde à nos ambitions.

Le mouton domestique d’aujourd’hui surproduit de la laine selon l’abondance exigée pour soutenir l’industrie. Nous avons, en fait, retourné le corps du mouton contre lui-même. La tonte, qui est en soi un procédé brutal durant lequel des animaux effrayés sont forcés à la soumission, est réalisée au début du printemps, laissant les moutons vulnérables à l’exposition. Cette manipulation génétique aux effets délétères n’est certainement pas la seule façon dont le corps du mouton est agressé pour favoriser les intérêts humains.

Environ la moitié de la laine mérinos du monde vient d’Australie, où la pratique du « mulesing » est omniprésente. À cause de méthodes de reproduction non naturelles imposées par l’humain, ces moutons ont une peau très plissée afin d’augmenter la production de laine. Cette peau ridée accumule les excès d’humidité, ce qui attire les mouches. Celles-ci pondent leurs œufs dans les plis de peau, et les larves qui en sortent se nourrissent de la peau du mouton. Il s’agit d’une infection extrêmement douloureuse, nommée « flystrike ». Afin d’éviter cette situation (ou plutôt pour entretenir la marchandise en usant des moyens les plus rentables possible), l’industrie de la laine coupe la peau et la chair de la croupe des agneaux, généralement sans les anesthésier.

Le « mulesing » est probablement l’aspect le plus largement décrié de la production de la laine. Bien qu’il s’agisse certainement d’une des pratiques les plus scandaleuses de l’industrie, n’oublions pas que nous ne pouvons pas réduire l’immoralité et l’injustice d’une institution seulement à ces actes les plus atroces. Si nous devions réformer cette industrie en proscrivant le « mulesing », nous ferions toujours face à une industrie sans scrupule qui subsiste par la marchandisation d’animaux sensibles. Autrement dit, le « museling » est le symptôme d’un problème plus vaste : celui d’assigner à un être sensible le statut de bien, afin qu’il ou elle puisse être utilisé de n’importe quelle manière qui soit profitable à son propriétaire. Ce paradigme culturel engendre les conditions sociales qui rendent possibles le « mulesing » et d’autres violations extrêmes des droits.

La laine est largement utilisée dans la production textile. Même dans certains cas où la laine n’est pas la principale fibre composant le tissu, vous la retrouverez probablement dans des vêtements, de la literie, et même des tapis et des matelas dans quelques endroits du monde, comme la Nouvelle-Zélande et d’autres pays où la production de laine est répandue. Si vous tricotez ou faites du crochet, la laine est très fréquemment utilisée dans le fil. Des tissus alternatifs incluant le fil de chanvre ou de bambou, le coton biologique, le molleton de polyester, le shearling synthétique, la fibre acrylique et la fausse fourrure sont largement répandus.

À noter : Les moutons ne sont pas les seuls animaux à être exploités pour leur laine. Le cachemire provient des chèvres et l’angora des lapins. La laine d’alpaga gagne également en popularité. Si vous ne voulez pas contribuer à l’industrie abusive de la production de laine, vérifiez les composants sur l’étiquette des vêtements avant de les acheter.

Par Christine Wells, Gentle World

QUEL EST LE PROBLÈME AVEC LE CUIR?

Contrairement à certains produits d’origine animale, le cuir peut être rapidement repéré, mais comme il est si omniprésent, il peut tout aussi bien être oublié. On retrouve du cuir dans les vêtements et les accessoires personnels, tels que les chaussures, les ceintures, les gants et les sacs à main. Il peut apparaître de manière inattendue sur certains de ces objets, comme dans le cas de boucles en cuir sur un sac en toile ou d’une étiquette en cuir sur un jean. Le cuir est également fréquemment utilisé pour le rembourrage, vous le retrouverez donc probablement aussi dans les meubles et les sièges de voiture.

Étant donné que l’utilisation des animaux est le paradigme dominant dans le monde, les véganes ne peuvent généralement pas émettre d’hypothèses sur les produits que nous utilisons. Il peut être surprenant et troublant de constater à quel point notre monde matériel est littéralement construit à partir du corps d’animaux. Bien que consommer de façon plus consciente et vigilante puisse sembler déconcertant pour les nouveaux véganes, au regard de la mort et de la souffrance de milliards d’animaux, c’est sans doute le moins que l’on puisse faire.

La grande majorité du cuir provient des vaches. Tout comme pour la production laitière, la production de cuir est faussement perçue comme étant accessoire à l’industrie de la viande. En d’autres termes, on suppose souvent que le cuir est un simple sous-produit de la viande et que l’achat et le port du cuir ne contribuent pas à une industrie brutale et à une institution profondément immorale. C’est une fausse hypothèse. Non seulement le cuir est très rentable pour l’industrie de la viande (comme expliqué ci-dessous), mais une grande partie du cuir vendu dans le monde provient d’animaux tués principalement pour leur peau. Contrairement à la fourrure, qui est devenue très controversée en raison de la prise de conscience désormais répandue de la cruauté inhérente à sa production, l’utilisation du cuir (qui est aussi la peau d’un animal) continue à être prise à la légère, même par des personnes qui s’identifient comme étant véganes et qui n’envisageraient jamais d’acheter ou de porter de la fourrure.

Comme dans le cas des produits laitiers, le cuir et la viande sont des industries mutuellement durables. Sur le plan économique, la peau d’une vache représente environ 10 % de sa « valeur » totale, ce qui en fait la partie la plus rentable de son corps. Par exemple, trois livres de cuir valent bien plus que trois livres de chair. Le cuir contribue à la rentabilité de l’industrie de la viande et de l’élevage.

De nombreuses personnes sont déjà au courant de la brutalité de l’élevage industriel, mais les normes de cette industrie ne font qu’aggraver l’immoralité derrière le fait de tuer un animal à des fins totalement inutiles et frivoles. Le cuir provient également d’autres animaux, mais en moindre quantité. Les porcs, les chèvres, les moutons et les agneaux, les chats et les chiens, les cerfs, les élans, les buffles, les bœufs, les yaks, les chevaux, les kangourous, les serpents, les alligators, les éléphants, les autruches, les poissons, les requins et même les raies sont tous victimes de l’industrie du cuir. Les produits issus de leur mort sont généralement utilisés pour la confection de vêtements et sont populaires en raison de leur côté « exotique » considéré comme attrayant. Le slink, un type de cuir exceptionnellement doux et parmi les plus prisés, est en fait fabriqué à partir de la peau de veaux à naître.

En dépit de son omniprésence, le cuir est facilement remplacé par des options naturelles et synthétiques. La liste des textiles véganes offerts est trop longue pour être énumérée dans son intégralité ici, mais elle comprend le coton, le denim, le chanvre, le caoutchouc, la fibre acrylique, etc. Si vous voulez vraiment l’aspect et la sensation du cuir, la plume synthétique est une option.

Remarque : L’idée que des véganes puissent encourager l’achat de textiles imitant des produits issus de la violence fait actuellement débat. C’est certainement une question qui mérite d’être examinée. Comme pour la fausse viande, il est probable que le cuir artificiel sera des plus utiles comme produit de transition.

Que devraient faire les nouveaux véganes avec leurs articles en cuir d’occasion? À Gentle World, nous croyons fermement que la seule action appropriée est de donner à ces objets une sépulture décente. Après tout, ce sont les parties du corps de quelqu’un.

Bien entendu, pour remplacer ces articles, nous vous recommandons d’acheter des articles d’occasion afin de réduire l’impact environnemental de vos achats, même s’ils sont véganes.

Cependant, s’il s’avère impossible de le faire, il est devenu beaucoup plus facile de trouver des vêtements véganes dans pratiquement tous les magasins de vêtements, bien qu’il soit toujours conseillé de lire les étiquettes. Au fur et à mesure que les gens prennent conscience des droits des animaux non humains et qu’ils sont plus sensibles à leurs droits, la demande pour ces produits augmente.

Plusieurs choix sont offerts aux personnes qui ont à cœur d’aider les entreprises qui font spécifiquement la promotion de la non-violence et du véganisme, notamment des boutiques en ligne telles que MooShoes, Alternative Outfitters, VauteCouture, Herbivore Clothing, Vegan Essentials, et un nombre croissant d’autres magasins.

Par Christine Wells, Gentle World

POURQUOI LES VÉGANES N’UTILISENT PAS DE SOIE

Des blouses aux sarongs, des costumes aux cravates, et de la lingerie aux pyjamas, la soie est toujours largement utilisée par l’industrie textile, trouvant sa place dans les draps et les taies d’oreiller, aussi bien que dans les mouchoirs et les foulards. En revanche, certaines personnes peuvent ne pas être avisées des endroits moins évidents où la soie peut se retrouver, comme dans les parachutes, la carcasse des pneus de vélos, les bagues à cigare, les valves de remplacement du cœur, et les sutures de chirurgie.
Nous avons tendance à associer la soie avec le ver à soie en raison du fait que, pour sa production, des centaines de millions de vers à soie sont tués chaque année. Cependant, la soie est une fibre naturellement produite par un certain nombre d’insectes différents, incluant les araignées, dont les réserves de soie ont aussi été exploitées au cours d’expériences médicales et militaires.

Bien que les soies synthétiques faites de Lyocell (un type de fibre de cellulose) soient difficiles à différencier de la vraie soie, la méthode archaïque de production de soie qui consiste à utiliser des insectes demeure malheureusement toujours aussi courante.

Juste avant leur métamorphose en papillon, les Bombyx mori filent des fibres de soie pour tisser leurs cocons. Dans la nature, le papillon mâche son cocon pour se frayer un chemin de sortie, une fois sa transformation achevée. Mais dans l’industrie du tissu, la soie est produite en masse par l’élevage et la domestication de vers à soie dans des élevages industriels de papillons, essentiellement. Quand les chenilles arrivent au stade de pupes dans leur développement, leurs cocons sont plongés dans l’eau bouillante. Cela tue les vers à soie et commence à démêler les fibres les plus longues.
Environ 15 vers à soie sont tués pour produire un seul gramme de soie. Même s’ils sont très peu souvent récoltés après que le papillon se soit libéré, les fils sont alors considérablement plus courts et le produit fini n’est pas viable commercialement à grande échelle.

Il existe d’autres méthodes de production de soie qui n’entrainent pas à la mort de l’insecte; cependant, certaines questions éthiques se posent toujours. La soie Ahimsa, par exemple, est faite à partir du cocon du papillon Bombyx mori après que celui-ci l’ait mâché et abandonné. Les vers à soie utilisés dans cette méthode de production sont néanmoins domestiqués et, tout comme les autres animaux d’élevage, sont élevés pour la production au prix de leurs propres santé et bien-être. Les papillons adultes ne peuvent pas voler, car leurs corps sont trop grands, et les mâles adultes ne peuvent pas s’alimenter à cause des parties sous-développées de leur bouche. Il en irait de même pour les papillons d’exploitations commerciales plus grandes, s’ils n’étaient pas tués avant d’atteindre l’âge adulte.

L’abstinence de la soie, comme du miel, peut faire hésiter les nouveaux véganes. Les insectes ressentent-ils la douleur ? Est-il important pour les humaines de considérer les intérêts des insectes au détriment des nôtres? Les insectes ont-ils des intérêts? Il est vrai que l’étendue de nos connaissances est limitée face à ces questions, mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons ignorer les préoccupations morales qu’elles soulèvent. Étudier les avis des « experts » apportera des résultats mitigés, mais n’importe quel observateur objectif peut constater que les insectes réagissent aux stimulus, recherchent le plaisir, et fuient la menace.

Nous ne devrions pas retirer les insectes de nos considérations morales juste parce que notre connaissance de ces petits êtres vivants est incomplète. Être végane est adopter une vision du monde qui diffère complètement du postulat dominant qui veut que les autres êtres vivants n’existent que pour combler les désirs humains. En réalité, nous n’avons pas besoin d’exploiter les insectes, et il est injustifiable de les utiliser comme des ressources pour nos propres fins.

Qu’est-ce qui ne va pas avec le bas?

On appelle « duvet » les plumes sur le corps des canards, des oies et d’autres oiseaux qui servent à conserver la chaleur. Ces plumes sont souvent commercialisées en tant que rembourrage « naturel » dans les vêtements chauds et la literie, et elles sont couramment utilisées pour remplir les oreillers, les coussins et autres articles semblables.

Pour fabriquer un seul édredon, il faut en moyenne le duvet de 75 oiseaux et plus.
Les canards et les oies sont les principaux animaux utilisés pour la production de duvet, mais rares sont ceux qui les élèvent rarement pour leurs plumes. Généralement, ils sont considérés comme des sources d’œufs, de viande ou de foie gras, ce dernier étant dérivé du gavage des oies et canards. Tout comme l’industrie du veau est étroitement liée à l’industrie du lait, le foie gras et le duvet vont souvent de pair.

Comment les plumes sont-elles recueillies?

Peu importe la méthode utilisée, tout achat d’un article en duvet ou en plumes finance directement l’industrie de l’exploitation animale, y compris la production de viande et d’œufs provenant des animaux concernés. Que les plumes soient arrachées à des oiseaux vivants, recueillies par terre ou arrachés à leurs cadavres, toute production de duvet entraîne la mort des oiseaux élevés.
Plumes arrachées aux oiseaux vivants

L’éleveur prend le canard ou l’oie par le cou ou les ailes pour l’immobiliser, puis arrache les plumes désirées de sa peau. Lorsque la peau se déchire durant l’arrachage, elle est recousue à l’aide d’une aiguille droite, sans anesthésie ni stérilisation. Ensuite, l’oiseau a jusqu’à la prochaine « cueillette de plumes » pour guérir. Ce processus se répète aux six ou sept semaines, jusqu’à l’abattage de l’oiseau si celui-ci ne meurt pas traumatisé par l’arrachage de plumes. Dans les vidéos en ligne d’arrachage de plumes aux oiseaux vivants, on voit les canards et les oies se débattre contre leurs tortionnaires et pousser des cris à mesure que les plumes sont arrachées. Une fois que leur poitrine est complètement plumée, ils sont jetés au sol, où ils peinent à s’enfuir. Certains d’entre eux ont encore la peau fraîchement cousue.

Plumes recueillies d’oiseaux vivants

Dans la plupart des exploitations, les plumes de centaines d’oiseaux sont « recueillies » au même moment. Même si, par le plus grand hasard, tous les oiseaux étaient en train de muer, il se peut fort bien que certaines plumes soient arrachées soi-disant par accident durant ce processus. Après tout, la maturation des plumes varie d’un endroit à l’autre sur le corps de l’oiseau.

Post-mortem (après l’abattage)
Cette méthode consiste en l’arrachage des plumes une fois que les oiseaux sont tués pour leur viande ou leurs organes, notamment le foie gras. Généralement, les corps des oiseaux sont ébouillantés pendant une à trois minutes pour faciliter le retrait des plumes. Ensuite, ces plumes sont arrachées à la main et le duvet est recueilli à la main ou à l’aide de machines.

Quelle que soit la méthode utilisée pour recueillir les plumes, les oiseaux sont attrapés, transportés et immobilisés de la même manière. Selon les auteurs d’une étude réalisée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), les oiseaux risquent de subir des fractures ou d’être asphyxiés pendant le processus de plumage.

La plupart des oiseaux sont plumés vivants à de nombreuses reprises avant qu’ils soient abattus pour leur chair ou leurs organes, et leur duvet est arraché à répétition jusqu’à après leur mort.

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