La pêche

La pêche commerciale :
LES MÉTHODES DERRIÈRE LA FOLIE
« Nous avons l’impression que ce que nous faisons n’est qu’une goutte dans l’océan.
Mais l’océan ne serait pas le même sans cette goutte. »
– Mère Teresa

À quoi nos océans ressemblaient-ils il y a 100 ou 200 ans ? C’est la question qui m’est venue à l’esprit alors que je faisais de la plongée sur la côte d’Hawaii et qu’entraient et sortaient de mon champ de vision des poissons-licornes (kala), des chirurgiens couronnés (palani) et des aiguilles de mer (aha). Les poissons de cette baie étaient habitués aux observateurs hébétés et semblaient indifférents à ma présence. Mais je savais qu’ils devraient être plus prudents. Après avoir fini ma baignade et être sortie de l’eau, deux jeunes hommes ont confirmé mes soupçons alors qu’ils marchaient vers l’eau, équipés de filets, de tubas et de lances.

Il y aura bientôt moins de poissons dans l’océan… les subventions gouvernementales que reçoivent la plupart des opérations de pêche à grande échelle expliquent en grande partie pourquoi les animaux marins répondent à la « consommation de masse » et sont « abordables ». C’est le choix de chacun de manger ces animaux qui permet aux opérations de pêche commerciales de creuser de plus en plus profondément dans nos océans pour leur prochain ticket-repas.

CE N’EST JAMAIS ASSEZ (LA SURPÊCHE)

« En 1989, quand environ 90 millions de tonnes (tonnes métriques) de prises avaient été capturées en mer, l’industrie… avait atteint sa laisse de haute mer et les rendements ont diminué ou stagné depuis. Les pêcheries des espèces les plus recherchées, telles que l’hoplostète orange, le bar du Chili et le thon rouge se sont effondrées. En 2003, un rapport scientifique estimait que la pêche industrielle avait réduit le nombre de gros poissons de mer à seulement 10 % de leur population préindustrielle. » – National Geographic

Parce que nous avons décimé la population de gros poissons, les navires de pêche commerciale s’attaquent aux espèces plus petites (jusqu’au bas de la chaîne alimentaire) et vont plus en profondeur dans l’océan.

« Ce qu’on appelle la « pêche à la traine » entraine une réaction en chaîne qui bouleverse maintenant l’équilibre ancien et délicat du système biologique de la mer. Une étude des données sur les captures publiée en 2006 dans la revue Science a fait la prédiction sinistre que, si les taux de pêche continuent de monter rapidement, toutes les pêcheries du monde cesseront d’être opérationnelles d’ici 2048. »[1]

Soyons clairs : je ne m’inquiète pas de l’effondrement des pêcheries dans le monde, mais plutôt du nombre d’espèces qui sont anéanties à cause de notre appétit et de notre apathie face à leur sort.

COMMENT SE REND UN ANIMAL AQUATIQUE DE LA MER À VOTRE ASSIETTE

La plupart des navires de pêche commerciale utilisent maintenant une technologie de pointe pour localiser et capturer les animaux aquatiques. Bien qu’il soit facile de blâmer les progrès de la technologie de la pêche pour le déclin de certaines populations de poissons (et d’autres animaux marins), la technologie est généralement créée pour répondre à un « besoin perçu » (une demande). Si la demande disparaît, il en va de même pour l’industrie et la technologie. Un terme courant utilisé dans le domaine est « prise accessoire », qui fait référence aux animaux capturés par inadvertance pendant les activités de pêche. Ces animaux sont remis à l’eau dans l’état dans lequel ils ont été pêchés (blessés, morts ou à moitié morts).
« Chaque année dans le monde, au moins 7,3 millions de tonnes d’animaux marins sont pêchés accidentellement. » [4]

Les méthodes de pêche commerciale

Le chalutage de fond (une des méthodes de pêche industrielle les plus courantes) a un nom plutôt explicite. Un chalut de fond est une variété de filet de pêche qui peut être tiré le long du fond marin. (Rappelez-vous les images satellites des chalutiers laissant une traînée de boue derrière eux.) D’énormes filets (en forme de sacs) sont traînés sur le fond de l’océan, ramassant tout sur leur passage. Dans les variétés les plus courantes, de grandes plaques métalliques sont placées au bout des filets pour les alourdir et ainsi racler davantage le sol, remuant les sédiments du fond de la mer et forçant les animaux à se prendre dans les filets. Traîner ces lourds filets sur le fond marin endommage également les habitats marins délicats qui s’y trouvent. Ces filets sont couramment utilisés pour attraper les crevettes et autres animaux de fond comme le flétan et la sole. En plus des « animaux ciblés » qu’ils capturent, ils attrapent une quantité effroyable de prises accessoires.

Les animaux piégés peuvent être emprisonnés dans le filet (avec des milliers d’autres animaux, rochers et débris pendant des heures.) Les poissons qui survivent à ce processus peuvent subir une décompression lorsqu’ils sont remontés vers le navire (déchirant leur vessie natatoire, faisant sortir leurs yeux de leur orbite, ou faisant remonter leur œsophage ou estomac dans leur bouche.)
Lorsque ce type de filet a été créé, son usage était limité aux parties de l’océan où le sol de sédiments était mou. Maintenant, ils sont utilisés à travers les océans et comprennent souvent d’énormes roues montées pour leur permettre de rouler sur un terrain difficile, écrasant, par conséquent, la délicate vie marine qui a eu le malheur de se trouver sur le chemin.

Les chalutiers pélagiques : Les chaluts pélagiques sont utilisés à la fois sur les petits et les grands navires-usines. Les grands navires peuvent utiliser des filets aussi longs que cinq terrains de football! Ils sont souvent assez gros pour attraper un banc de poissons complet d’un coup, ainsi que tous les autres animaux se trouvant sur le chemin. Contrairement aux chaluts de fond, ils sont suffisamment hauts pour ne pas draguer les fonds marins. Par contre, les animaux pris dans les filets peuvent encore y rester piégés des heures avec des milliers d’animaux, y compris les inévitables « prises accessoires », avant d’être transportés sur le pont.

Les sennes coulissantes : Pensez à un sac à main fait de filet avec cordon de serrage. Les sennes coulissantes servent à créer un grand mur de filet qui encercle et piège les bancs de poissons. Les pêcheurs tirent ensuite le fond du filet pour le refermer (comme un sac à cordon), poussant les poissons au centre du filet. Cette méthode est souvent utilisée pour attraper les animaux qui se rassemblent pour frayer (comme les calmars) ou qui se tiennent en banc comme les sardines et les thons. Il existe différents types de sennes coulissantes et certaines versions capturent d’autres animaux (comme les dauphins).

Lorsque cette méthode est utilisée, les pêcheurs peuvent traquer des groupes de dauphins (qui nagent souvent avec de gros poissons comme le thon). Un grand nombre des gros poissons pour lesquels ce type de filet est utilisé, tels que le thon, la morue et l’aiglefin sont toujours conscients lorsqu’ils sont remontés sur le pont et qu’on commence à mutiler leur corps (coupe des branchies ou éviscération).

Les pièges et les casiers : Les pièges et les casiers sont des cages en fil de fer ou en bois qui sont conçues pour attirer les animaux marins comme le homard, le crabe, la crevette, la morue charbonnière et la morue du Pacifique. Les pièges et les casiers sont submergés dans l’eau dans les zones où l’on retrouve ces animaux. Les animaux sont piégés vivant dans les cages où ils attendent que les pêcheurs reviennent et les remontent sur le pont pour être congelés, stockés ou abattus sur place.

Les palangres : Une ligne de pêche centrale est utilisée pour la pêche à la palangre. Elle peut mesurer plus de 80 à 120 km de long. Cette ligne est pleine d’hameçons appâtés (il peut y en avoir des milliers sur une ligne). Les lignes sont placées près de la surface (pour le thon et l’espadon) ou posées sur le sol marin (pour attraper la morue et le flétan.) Elles sont traînées derrière les bateaux ou gardées à flot pendant la nuit. En plus d’attraper les proies voulues, beaucoup de ces lignes finissent par prendre et tuer des tortues de mer, des requins, des dauphins et des oiseaux de mer (qui sont attirés par l’appât). Certains des animaux capturés saignent jusqu’à en mourir, se noient ou luttent pendant des heures contre le crochet sur lequel ils sont empalés, jusqu’à ce qu’ils soient remontés à la surface.

Les gros poissons comme l’espadon et le thon à nageoires jaunes, en raison de leur poids (jusqu’à plusieurs centaines de livres), sont reconnus pour être difficiles à pêcher sans que l’hameçon soit arraché. Les pêcheurs utilisent donc des pioches et d’autres instruments pointus pour les empaler et les tirer jusque sur le pont.

Les filets maillants : Le filet maillant est formé en créant un mur de filets dans l’eau (60 mètres à un 1,5 km de long) à l’aide d’une combinaison de flotteurs et de poids. Le filet en question est pratiquement invisible pour les poissons et autres animaux. Lorsqu’un poisson tente de nager à travers le filet (puisqu’il ne peut pas le voir), il y reste accroché, et lorsqu’il tente de sortir du filet, ce dernier s’accroche à ses ouïes ou à ses nageoires et l’empêche de fuir. Ce type de filet est souvent utilisé pour capturer les sardines, le saumon et la morue, mais il piège, blesse et tue d’autres animaux tels que les requins et les tortues de mer.

Les poissons pêchés dans ces filets peuvent suffoquer ou se vider de leur sang en luttant pour se libérer. Les filets maillants sont souvent installés et laissés sans surveillance, de sorte que les poissons et autres animaux qui y sont pris peuvent souffrir pendant des jours avant d’être ramenés à la surface. Les poissons qui arrivent vivants sur le navire sont arrachés des filets à la main et on les laisse souvent suffoquer sur le pont ou les transforme immédiatement (coupé vivant). Les poissons qui ont été capturés dans les profondeurs de l’océan peuvent également souffrir ou même mourir de décompression. (Voir la description du chalutage de fond.)

Le dragage : Le matériel de dragage, un peu comme pour le chalutage de fond, implique de gros engins trainés sur le sol marin. Mais, dans ce cas, au lieu d’un filet lesté, il s’agit plutôt de grands paniers à cadre métallique. Ils sont utilisés pour attraper les crustacés comme les huîtres, les palourdes et les pétoncles. Pour emprisonner les animaux traqués dans le panier, des dents en métal s’enfoncent dans le sol marin, endommageant et détruisant l’habitat et les espèces fragiles qui s’y trouvent. Tout comme pour le chalutage de fond, le dragage entraine le piégeage d’une grande quantité de prises accessoires.

Les autres méthodes de pêche n’étant pas décrites ci-dessus sont les suivantes : filets de senne (par exemple, sur la plage), carrelets et folles, lances, harpons, perches, cuillères, cyanure et dynamite.

CARNAGE EN MER
Quelle que soit la méthode utilisée pour attraper un animal marin (ou autrement classifié comme créature marine), les animaux qui ne sont pas remis à la mer (prises accessoires) après avoir été hameçonnés, pris en cage ou en filet mourront au moment d’être capturé, par suffocation sur le pont, gelé sur de la glace ou au moment de leur transformation (coupés en morceaux), ou seront « conservés » jusqu’à ce que quelqu’un décide de les faire bouillir vivant ou de les tuer d’une autre manière pour les consommer. On parle de 90 millions de tonnes de ce carnage chaque année… mais ce chiffre diminue, surtout parce que nous ne pouvons continuer à tirer autant de vie de l’océan, même si nous le voulions.

Et que dire des prises accessoires?
«… 20 % des espèces de requins sont menacées de disparition, principalement parce que les requins se prennent accidentellement sur des palangres. »

« Malgré les déclins enregistrés ces dernières années, des centaines de milliers de tortues de mer, d’oiseaux de mer et de mammifères marins, y compris des baleines, des dauphins et des marsouins, meurent parce qu’accidentellement pêchés. Chaque année, non moins de 200 000 tortues caouanes et 50 000 tortues luths sont capturées. La pêche à la palangre tue également des centaines de milliers d’oiseaux de mer qui s’empêtrent dans des filets à la dérive ou se prennent dans des hameçons de palangre lorsqu’ils plongent pour manger l’appât. »[3]
Rappelons-nous qu’au moins 7,3 millions de tonnes de vie marine (cela me semble une sous-estimation) sont capturées « involontairement » chaque année. Et comme vous pouvez le voir dans les citations ci-dessus, qui parlent principalement de la pêche à la palangre, beaucoup de ces animaux en meurent.

« Nous avons l’impression que ce que nous faisons n’est qu’une goutte dans l’océan.
Mais l’océan ne serait pas le même sans cette goutte. »
– Mère Teresa

J’ai choisi de commencer et de terminer cette section par la citation de Mère Teresa, car je la comprends de deux manières différentes :

1. Si vous retirez une goutte de l’océan en choisissant de prendre la vie d’un animal marin, cela ne paraît peut-être pas énorme, mais il manquera quelque chose à l’océan.
2. Si, en revanche, vous choisissez de ne pas manger ou d’utiliser des animaux de la terre ou de la mer, vous aurez peut-être l’impression d’une goutte dans l’océan (comment cela pourrait-il faire la différence dans le monde aujourd’hui?), mais l’océan (le monde) ira déjà un tant soit peu mieux grâce à vos choix.
Alors, faisons le choix d’être une goutte d’espoir dans l’océan, au lieu de continuer à en évacuer toute forme de vie.
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Par Alisa Rutherford-Fortunati, Gentle World

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