Les Animaux Comme Cibles

« Je me demande quel accident et quel état d’âme ou d’esprit ont mené le premier homme à mettre la chair d’un animal mort dans sa bouche et à considérer comme de la nourriture des êtres qui, peu avant, hurlaient, pleuraient, bougeaient et vivaient. Comment l’homme a-t-il pu être témoin du massacre, voir des gorges tranchées, des peaux arrachées, des corps démembrés? Pour manger un peu de chair, nous les privons de soleil, de lumière et de l’espérance de vie à laquelle leur naissance et leur existence leur donnent droit. » — Plutarque

Pendant certaines périodes de l’histoire humaine, il était malheureusement nécessaire de traquer, piéger, trapper et tuer des animaux pour survivre. Toutefois, pour ceux et celles qui vivent dans le monde industrialisé d’aujourd’hui, ce besoin n’existe plus; seule l’envie de faire de l’argent ou de blesser et tuer des êtres innocents demeure.

Certains animaux sont des prédateurs de nature et ont une soif de sang innée, mais ce n’est pas le cas de l’humain. Au contraire, nous venons au monde avec une forte aversion naturelle à la violence, au sang, et à la prédation. Nous possédons la capacité de reconnaître la douleur et la peur chez les autres animaux, d’imaginer comment ils se sentent, et d’utiliser cette empathie pour guider nos décisions, si nous le souhaitons.

Lorsqu’une personne participe activement à l’abattage, elle doit se désensibiliser au geste horrible qu’elle commet. Elle ne peut pas se laisser ressentir de la tristesse, des remords ou de l’horreur et tout de même continuer à prendre des vies. Pour y arriver, elle doit réduire au silence la partie d’elle-même qui est horrifiée par l’idée de causer la mort.

Pour bien comprendre ce qui se produit sous la mince façade de respectabilité d’une culture extrêmement spéciste, on peut remplacer les victimes innocentes de ces activités par des humains pacifiques. En remplaçant les non humains par des humains, la plupart des gens comprennent mieux à quel point il est moralement répugnant de traquer, piéger, trapper, tuer ou faire du mal de quelque façon que ce soit à des êtres innocents et non menaçants lorsque ce n’est absolument pas nécessaire.

Oui, la nature est cruelle, mais on n’évoque pas cet argument pour justifier le fait d’infliger des souffrances à des êtres humains innocents, alors pourquoi serait-il plus valide quand il est question de membres d’autres espèces? Lorsqu’on rejette la vision préconçue inhérente au spécisme, on constate toute l’absurdité de l’argument selon lequel tout peut être justifié simplement parce qu’il s’agit d’un phénomène « naturel ».

 

Chasse

Selon le rapport 2016 du US Fish and Wildlife Service, environ 13 millions de personnes (y compris 1,4 million d’enfants âgés de 16 ans ou moins) « pratiquent la chasse de diverses espèces animales aux États-Unis ». Au total, les Américains ont chassé l’équivalent de 184 millions de jours, ou 147 millions de voyages de chasse. Les dépenses associées à la chasse se chiffrent à 26,2 milliards de dollars. Quelque 9,2 millions de chasseurs ont dépensé 14,9 milliards de dollars pour traquer des animaux de grande taille, comme les cerfs et les wapitis. Ils sont près de 3,5 millions à avoir chassé de petits animaux, comme les écureuils et les lapins. Enfin, 2,4 millions de personnes ont chassé des oiseaux migratoires, comme les colombes et les sauvagines, et 1,3 million de chasseurs ont traqué d’autres espèces, comme les cochons sauvages et les ratons laveurs.

Bien que la chasse ait autrefois joué un rôle crucial dans la survie de l’humain, elle constitue aujourd’hui une pratique inutile et cruelle qui terrorise et fait souffrir des animaux dans leur habitat naturel. Dans certains cas, ceux-ci sont même tués devant leurs enfants, leurs partenaires et les membres de leur famille. De plus, la chasse encourage les humains et enseigne aux enfants à laisser de côté leur décence innée et à fermer leur cœur à la souffrance des autres.

Les chasseurs affirment souvent que leur « sport » est un élément naturel de l’existence humaine, et ignorent d’autres exemples de comportements humains dits « naturels », comme le viol, le meurtre et, à une certaine époque, le cannibalisme, qu’aucune personne rationnelle ne considérerait comme moralement justifiable, et encore moins comme une activité plaisante.

Même si la chasse de subsistance existe encore dans certains endroits isolés du monde, la majorité des activités de chasse se font pour le « plaisir ». Dans le cadre de cette pratique brutale et archaïque, des animaux sauvages sont traqués et poursuivis dans leur habitat naturel par des prédateurs dotés d’un avantage extrêmement important : ils possèdent des armes, souvent hautement sophistiquées.

Il est rare que les chasseurs tuent leurs proies du premier coup. Après avoir causé une blessure initiale à l’animal, les chasseurs poursuivent leur victime terrifiée, et finissent souvent par infliger la blessure fatale seulement après que l’animal ait vécu des souffrances terribles, parfois pendant des heures ou même des jours. La chasse à l’arc entraîne bien souvent plus de souffrance que la chasse à l’arme à feu. En effet, des données indiquent que près de la moitié des animaux chassés par un archer sont blessés plutôt que tués. Si un chasseur atteint le « mauvais » endroit du corps d’un animal, la chair de celui-ci peut devenir impropre à la consommation. Ainsi, pour éviter cette situation, de nombreux chasseurs visent le ventre ou même la tête.

Certains évoquent l’argument de la conservation pour justifier la légalité de la chasse. Il est vrai que les frais payés par les chasseurs contribuent à améliorer l’image publique de la chasse en soutenant des efforts de conservation, mais la chasse elle-même crée un stress pour les écosystèmes à l’échelle locale, notamment en forçant des animaux à changer leurs trajets migratoires et en détruisant des familles, mettant en péril leur survie. Les chasseurs qui ciblent des prédateurs naturels, comme les loups et les ours, représentent eux aussi une menace considérable à l’équilibre des écosystèmes locaux. En effet, lorsqu’un trop grand nombre de prédateurs disparaît d’une zone donnée, les animaux herbivores prolifèrent et mangent la végétation en trop grande quantité, ce qui peut mener à une famine généralisée chez les herbivores de la région. Les écosystèmes exempts d’activités humaines sont ceux qui se rapprochent le plus de l’état naturel, et sont donc en meilleure santé. En outre, tout bienfait environnemental obtenu grâce aux profits de la chasse ne pourra jamais atténuer les dommages causés par celle-ci.

Les chasseurs sont un groupe très présent dans la société, mais ils ne représentent qu’une petite portion de la population des États-Unis, soit environ 4 %. Quant à eux, les adeptes de l’observation d’animaux sauvages, qui représentent 22 % de la population du pays, dépensent 20 milliards de dollars par année pour des activités non violentes qui profitent également aux efforts de conservation.

Chasse au gibier trophée

Comme dans d’autres types de chasse sportive, les adeptes de la chasse au trophée se cachent derrière des prétextes de « conservation », mais leurs activités nuisent à des populations déjà menacées et même en danger d’extinction, comme les rhinocéros, les éléphants, les ours, les girafes et les grands félins. Les chasseurs au trophée ont généralement comme objectif d’obtenir une partie du corps de leur proie, comme la tête, pour l’empailler et l’exposer. La plupart des adeptes de ce type de chasse sont des Américains et des Européens fortunés qui peuvent se permettre de payer les coûts exorbitants qui y sont associés.

Dans bien des supposées réserves de chasse, les proies sont enfermées dans des zones contrôlées de petite taille, afin de garantir que les chasseurs réussissent à tuer leur victime. Des réserves privées donnent aux chasseurs l’occasion de tuer des animaux exotiques ayant été achetés d’un cirque ou d’un zoo, et certaines offrent même la possibilité de commander des animaux « sur mesure » si elles n’ont pas déjà les espèces « en stock ». Une fois tués, ces animaux sont mutilés et empaillés avant d’être importés, en toute légalité, aux États-Unis ou en Europe. Aux États-Unis seulement, 1,26 million de trophées de chasse ont été importés entre 2005 et 2014.

 

Pêche

Les répercussions écologiques négatives de la pêche commerciale sont bien connues et documentées, mais la pêche de loisir, ou pêche sportive, est généralement perçue comme un passe-temps inoffensif. Dans les faits, tous les types de pêches constituent des pratiques cruelles qui entraînent des souffrances extrêmes et des morts inutiles, en plus d’endommager les environnements naturels.

Bien des gens pensent à tort que le système nerveux des poissons n’est pas suffisamment complexe pour leur permettre de ressentir la douleur. Pour cette raison, une idée fausse (et souvent inconsciente) s’est répandue, selon laquelle les poissons ne ressentent pas la douleur comme les humains ou les autres espèces animales. C’est également pour cette raison que certaines personnes qui ne mangent pas la chair d’autres animaux pour des raisons éthiques choisissent de continuer à manger des poissons.

Les données concernant la capacité des poissons à ressentir la douleur ont manqué de clarté pendant des décennies, mais des scientifiques commencent à brosser un portrait plus clair de la question. Des études indiquent que les poissons ressentent la douleur au même titre que les autres animaux. En réalité, sur le plan anatomique, les structures nerveuses des poissons sont très semblables à celles des humains et de bien d’autres espèces. Ces structures communes comprennent notamment les cellules réceptrices nommées nocicepteurs, qu’on retrouve dans tout le corps des animaux et qui sont activées par des stimuli pouvant causer des dommages aux tissus corporels. Certaines espèces de poissons ont jusqu’à 58 nocicepteurs différents, et ce, seulement dans les lèvres – la zone même que les hameçons déchirent.

Comme chez les humains, ces nocicepteurs sont reliés au système nerveux central (moelle épinière et cerveau) par des fibres nerveuses. Lorsque les centres de la douleur du cerveau sont activés par des signaux provenant des nocicepteurs, ils déclenchent des réponses physiologiques à ces événements potentiellement dangereux.

L’anatomie des poissons est si complexe que l’évolution a même mené ceux-ci à développer des substances qui bloquent la douleur (endorphines), comme c’est le cas chez les humains. Les endorphines sont semblables à la morphine d’origine naturelle, même si leur rôle dans le corps est plus complexe. Il est également à noter que certains médicaments antidouleur utilisés par les humains semblent réduire la douleur chez les poissons. On croit que les endorphines aident les animaux à tolérer la douleur causée par des blessures graves pour leur permettre d’échapper à leurs prédateurs. Ces faits nous mènent donc aux questions suivantes : pourquoi les poissons peuvent-ils sécréter des endorphines s’ils ne peuvent ressentir la douleur? Pourquoi débat-on encore de leur sentience?

La pêche sportive constitue à piéger les poissons afin qu’ils mordent dans un hameçon pointu caché dans un appât ou un morceau de nourriture, les amenant à percer leur propre chair. En tirant sur la ligne, les pêcheurs font entrer l’hameçon plus loin dans la joue du poisson et tirent lentement ce dernier vers la surface. Une fois hors de l’eau, le poisson commence à suffoquer, car il ne peut respirer de l’air par ses branchies. S’agitant désespérément, incapable de respirer, il ressent une douleur fulgurante alors que l’hameçon est arraché de sa joue.

Il arrive fréquemment que les poissons avalent les hameçons. Lorsque cela se produit, le poisson meurt presque toujours après quelques minutes, car l’hameçon déchire ses organes internes alors qu’il se déplace dans son corps. Même s’il ne peut crier ou produire des sons qui suscitent généralement de l’empathie chez les humains, il vit une souffrance considérable.

Dès leur jeune âge, les enfants apprennent à « attraper et relâcher » les poissons dans leur habitat naturel. Très jeunes, ils intériorisent donc l’idée qu’il est tout à fait normal et acceptable de mutiler le corps d’un poisson avec un morceau de métal pointu, d’arracher ce morceau en déchirant la chair du poisson, puis de libérer celui-ci dans l’eau alors qu’il se vide de son sang. Le fait de relâcher un poisson après l’avoir attrapé peut sembler plus civilisé, mais en réalité, cette pratique consiste à mutiler un être sentient avant de le relâcher blessé, ce qui mènera probablement à sa mort – de la torture pour le plaisir.

Dommages environnementaux associés à l’empoissonnement

Le processus d’empoissonnement comprend l’ensemencement de poissons élevés en pisciculture dans des rivières, lacs ou étangs par une agence gouvernementale ou un particulier. Ces espèces ne sont généralement pas indigènes et sont choisies parce qu’elles sont prisées par les pêcheurs sportifs. Certains des environnements naturels vierges les plus magnifiques ont été délibérément souillés de cette manière, par des espèces invasives de poissons.

Les poissons sont souvent transférés d’un plan d’eau à un autre, ce qui peut entraîner un déséquilibre dans la population du lac ou de l’étang source d’où proviennent les poissons. Cette pratique peut également accidentellement introduire dans le plan d’eau cible d’autres espèces invasives, par exemple des microbes ou des moules d’eau douce.

Dans bien des régions, l’empoissonnement a des conséquences désastreuses sur des espèces de poissons sauvages indigènes, le tout dans le but de fournir aux pêcheurs sportifs les espèces qu’ils préfèrent attraper. On peut difficilement exagérer l’ampleur des répercussions écologiques négatives de l’ensemencement de poissons. Par exemple, selon le Center for Biological Diversity, l’empoissonnement d’espèces de truites non indigènes est sans contredit la cause principale du déclin d’espèces de poissons indigènes dans les montagnes du Sierra Nevada.

 

Extermination

L’un des effets de l’industrialisation et de la périurbanisation est que, alors que les humains s’insèrent dans les habitats naturels d’autres animaux, perturbant ainsi l’équilibre de la nature, ils finissent souvent par chercher de nouveaux moyens d’éliminer les animaux sauvages avec qui ils sont maintenant en compétition.

Les gens considèrent souvent ces animaux comme des créatures invasives, des intrus dans « leur » espace de vie. En fait, c’est plutôt l’humain qui est la créature invasive, bouleversant les environnements naturels qui l’entourent. À cause de la présence humaine, il est de plus en plus difficile pour les animaux sauvages de trouver de la nourriture et de s’occuper de leurs petits; les rencontres entre humains et animaux sont donc inévitables.

Il n’existe pas de véritable définition de ce qui constitue une espèce « nuisible ». Certains considèrent qu’un lapin sauvage qui creuse sous la clôture est un animal nuisible, alors que d’autres personnes ont des lapins comme animaux de compagnie, qu’ils considèrent comme des membres de la famille. Les ratons laveurs, les rats, les souris, les serpents et les lapins sont parmi les espèces les plus visées par les exterminateurs. Le sort des animaux catégorisés comme nuisibles peut être particulièrement horrible, car les méthodes d’extermination sont cruelles et comprennent notamment l’utilisation de gaz et de poisons ainsi que l’appâtage. Il arrive fréquemment que les animaux agonisent longtemps avant de mourir.

Les exterminateurs utilisent une variété de poisons différents. Les anticoagulants, qui sont couramment utilisés pour tuer les rongeurs, peuvent prendre jusqu’à 14 jours avant d’entraîner la mort – une véritable torture pour l’animal, qui devient malade, s’affaiblit et meurt lentement.

Les animaux fouisseurs, comme les lapins, sont généralement tués par l’utilisation de gaz chimiques comme le phosphine, qui détruit le système nerveux central. L’animal passe donc ses dernières heures de vie pris de convulsions et souffrant de douleurs inimaginables.

De nombreux exterminateurs disent à leurs clients que le piégeage d’animaux vivants pour ensuite les relocaliser est une méthode moins cruelle que l’extermination, mais elle entraîne souvent des morts lentes et atroces. Après avoir été relocalisés loin de leur habitat naturel, bon nombre de ces individus n’arrivent pas à se nourrir ou à s’abriter et meurent lentement de faim ou de déshydratation. Une autre conséquence courante de cette méthode est le fait que des bébés se retrouvent orphelins et meurent de faim.

Animaux sauvages en compétition avec l’agriculture

Bien des gens ignorent que la pratique commerciale du pâturage libre implique nécessairement l’éradication d’animaux sauvages, y compris des espèces menacées et en danger d’extinction, qui vivaient auparavant dans ces pâturages.

Un programme nommé Animal Damage Control (ADC) a été mis sur pied par l’USDA en 1931 dans le but d’éradiquer les animaux sauvages considérés comme nuisibles aux activités de l’industrie. En 1997, suivant les recommandations de conseillers en relations publiques, le programme a été rebaptisé Wildlife Services.

L’agence a pour objectif de tuer tout animal sauvage pouvant représenter une menace ou une compétition pour les animaux élevés pour leur viande. Les animaux sauvages sont empoisonnés, trappés, piégés, et tués par balle (notamment par avion). Une autre pratique consiste à trouver les tanières, puis à y verser du kérosène et à y mettre le feu – la mère et ses bébés meurent donc brûlés vifs dans leur propre nid.

Le programme fait également des victimes non intentionnelles : chiens, chats et de nombreuses espèces menacées ou en danger d’extinction. Les animaux tués délibérément comprennent des blaireaux, des ours noirs, des lynx roux, des renards gris et roux, des couguars, des opossums, des ratons laveurs, des mouffettes rayées, des castors, des ragondins, des porcs-épics, des chiens de prairie, des merles noirs, des hérons garde-bœuf et des étourneaux.

Le service tue délibérément plus de 1,5 million d’animaux sauvages chaque année, utilisant l’argent des contribuables pour protéger les intérêts privés des producteurs qui élèvent des animaux sur des terres publiques pour éventuellement les abattre et les vendre aux consommateurs comme de la viande élevée « en liberté, d’embouche ».

Dr Mike Hudak est un défenseur de l’environnement expert en matière d’impact environnemental de l’élevage sur terres publiques. Il est le fondateur et le directeur de l’organisme Public Lands Without Livestock, et l’auteur du livre Western Turf Wars: The Politics of Public Lands Ranching, paru en 2007. Dans son article intitulé Public Lands Ranching: The Scourge of Wildlife, il se questionne sur l’ampleur des dommages infligés à la faune par l’élevage : « Une mesure raisonnable est le nombre d’espèces touchées qui sont soit 1) sur la liste fédérale des espèces menacées ou en péril; 2) candidates pour figurer sur cette liste ou 2) l’objet de pétitions pour être incluse sur cette liste. Selon ce critère, le nombre d’espèces victimes s’élève à 151 : 26 espèces de mammifères, 25 espèces d’oiseaux, 66 espèces de poissons, 14 espèces de reptiles et d’amphibiens, 15 espèces de mollusques et 5 espèces d’insectes. »

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